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Ponton, lagune, conchyliculture, vue sur Sète

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Histoire de la lagune de thau

La lagune de Thau ne ressemble à aucune autre. Ses 7 500 hectares s’étirent entre le mont Saint-Clair de Sète et le mont Saint-Loup d’Agde, séparés de la Méditerranée par un fragile cordon de sable. Avec une profondeur moyenne de 4,50 mètres et des fosses qui plongent jusqu’à 32 mètres, elle se distingue radicalement des autres étangs languedociens. Cette singularité trouve ses racines il y a 10 000 ans, quand les glaciers ont fondu et que la mer a redessiné les côtes. Depuis, l’histoire de la lagune épouse celle des hommes qui vivent à ses rives : pêcheurs romains, sauniers médiévaux, conchyliculteurs modernes. Découvrez comment l’Archipel de Thau s’est construit autour de cette petite mer intérieure.

Quand la terre s'est ouverte La naissance géologique de la lagune de Thau

Il y a plusieurs millions d’années, la poussée des Pyrénées et du Massif Central a plissé la plaque continentale. Les monts de la Gardiole, le mont Saint-Clair et les volcans venus du Massif Central qui se terminent au cap d’Agde ont créé une vallée en contrebas du niveau marin. Cette dépression est restée longtemps à sec, traversée par des rivières qui rejoignaient la Méditerranée bien plus loin.

Puis le climat a basculé. Il y a 10 000 ans, à la fin de la dernière période glaciaire, les températures ont grimpé. Les glaciers ont fondu. La Méditerranée a remonté d’une centaine de mètres et envahi les basses terres. La vallée s’est retrouvée sous les eaux. Cette transgression marine a créé les lagunes du Languedoc.

Il y a environ 6 000 ans, les courants marins ont poussé devant eux les sédiments des fleuves. Un lido s’est formé progressivement entre le mont Saint-Clair et le mont Saint-Loup, isolant la lagune de la mer. L’étang de Thau tel qu’on le connaît aujourd’hui était né. Les scientifiques le savent grâce à des indices indirects : la spéciation des hippocampes de Thau indique que la lagune est séparée depuis plusieurs millénaires.

La profondeur exceptionnelle de Thau s’explique par cette géologie tourmentée. La fosse de la Vise au large de Balaruc-les-Bains plonge à 32 mètres. C’est une résurgence d’eau douce qui remonte depuis les profondeurs. Les légendes racontent qu’un ancien volcan ou une cité engloutie dormirait au fond. La réalité est différente mais tout aussi fascinante : l’eau thermale captée par les thermes de Balaruc-les-Bains provient de cet aquifère karstique qui plonge à plus de 2 000 mètres sous terre.

Les graus Quand la lagune respirait avec la mer

Pendant des millénaires, la lagune n’a pas été totalement fermée. Plusieurs passages naturels appelés graus maintenaient la connexion avec la Méditerranée. Le grau du Quinzième, le grau du Rieu, le grau de Pisse-Saumes ont perduré jusqu’au XVIIe siècle. Une partie du delta de l’Hérault transitait même par l’étang.

Le grau de Pisse-Saumes à Marseillan a été le dernier à disparaître naturellement. Pendant l’Occupation, les Allemands l’ont élargi pour empêcher une éventuelle charge de chars. Entre 1971 et 1973, il est devenu le canal des Allemands. Aujourd’hui, la lagune communique avec la mer par trois ouvertures artificielles permanentes : le canal royal de Sète qui traverse la ville, le canal des Quilles à l’ouest du mont Saint-Clair, et le grau de Marseillan.

Ces échanges avec la Méditerranée maintiennent la salinité de l’étang. L’eau reste salée, claire et profonde, contrairement aux autres lagunes qui tendent à s’envaser et à devenir saumâtres. Cette connexion maritime fait toute la richesse biologique de Thau.

L'exploitation humaine de l’étang de Thau depuis l'Antiquité

Dès la fin du Ier siècle avant Jésus-Christ, le littoral du bassin de Thau attire les populations. Des villas gallo-romaines agricoles et viticoles s’implantent dans la région. On pratique la pêche et le ramassage de coquillages. Les huîtres plates, les palourdes et les moules se récoltent déjà sur les bancs naturels. Les Romains connaissent la qualité de ces produits.

À l’époque médiévale, des salines s’installent. Le sel devient une richesse. Les salins de Frontignan fonctionnent jusqu’à la fin du XXe siècle. Le sel n’était pas consommable car non lavé : il servait aux tanneries, à l’élevage et à l’industrie chimique. L’exploitation se faisait manuellement dans des conditions très difficiles, notamment l’été sous un soleil de plomb.

Le commerce s’active grâce à l’accès maritime mais aussi aux voies de communication. La via Domitia traverse le territoire dès l’Antiquité. Bien plus tard, en 1666, Louis XIV ordonne la création du canal du Midi qui relie l’Atlantique à la Méditerranée. Le canal débouche dans l’étang de Thau au lieu-dit les Onglous à Marseillan. Cette connexion transforme l’économie locale.

L'invention de l'ostréiculture méditerranéenne

L’ostréiculture moderne naît dans les années 1920. Avant cette date, on ramassait les huîtres et les moules sur les bancs naturels. Mais la surexploitation menaçait la ressource. Il fallait inventer autre chose.
En 1925, Louis Tudesq, ostréiculteur de Bouzigues, révolutionne la profession. Il invente la pyramide en béton ajourée. Les larves d’huîtres se fixent naturellement sur ces structures immergées. Plus besoin de draguer les fonds. L’élevage peut commencer. Bouzigues devient le berceau de la conchyliculture moderne sur Thau.

Les techniques évoluent rapidement. Les pyramides laissent place aux barres de palétuvier, puis aux tables suspendues qui dessinent aujourd’hui le paysage de la lagune. Ces structures métalliques plantées dans l’eau supportent des cordes où s’accrochent les coquillages. Un système ingénieux qui exploite toute la colonne d’eau.

Aujourd’hui, environ 550 établissements conchylicoles produisent 11 000 tonnes d’huîtres par an sur 1 200 hectares de parcs. C’est 10% de la production nationale et 90% de la production méditerranéenne française. La conchyliculture fait vivre 2 000 personnes directement dans l’Archipel de Thau. Les tables ostréicoles font désormais partie intégrante de l’identité du territoire.