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Retour de pêche, port de Sète

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Histoire des ports et de la pêche dans l'Archipel de Thau

350 ans d'histoire maritime

L’histoire de l’Archipel de Thau s’écrit avec l’encre de la mer. En 1666, Louis XIV fait naître Sète pour servir de débouché au canal du Midi. Bien avant, Mèze et Marseillan exportaient déjà leurs vins depuis leurs petits ports respectifs. Les pêcheurs italiens arrivés au XIXe siècle, ont transformé les techniques de pêche et à Bouzigues on s’essaie à l’ostréiculture dès 1925.

Plus tard, la criée sétoise est devenue la première d’Europe à s’informatiser. Aujourd’hui, Sète règne en premier port de pêche de Méditerranée française où s’échangent 120 espèces chaque jour. Le port affiche 9 années consécutives de croissance et réinvente son avenir : première pilotine électrique au monde, drague à hydrogène, chalutiers nouvelle génération. L’histoire se lit sur les quais, se respire au retour des bateaux, se raconte dans les musées. De Colbert à la transition écologique, découvrez comment les ports de l’Archipel de Thau ont façonné le territoire.

1666 : Sète naît de la volonté d'un roi

Le 29 juillet 1666, François de Bosquet, évêque de Montpellier, pose la première pierre du port de Sète. Louis XIV et son ministre Colbert cherchent depuis plusieurs années un débouché méditerranéen pour le canal du Midi dont Pierre-Paul Riquet assure le chantier. Le cap de Sète s’impose. Protégé du mistral par le mont Saint-Clair, il offre un mouillage naturel.

La construction commence par le môle Saint-Louis. Cette jetée longue de 650 mètres protège l’entrée du vieux port et offre un abri aux bateaux. La pierre vient des carrières du Souras, situées sur les pentes du mont. Un village se crée au-dessus de la carrière. Les populations des villages voisins affluent : Bouzigues, Mèze, Frontignan, Marseillan. Ils viennent travailler sur les chantiers.

Mais les travaux traînent. Les guerres coupent les financements. Riquet meurt en 1680. Son fils abandonne le chantier en 1682. La population qui vivait des chantiers doit se reconvertir. Le commerce devait prendre le relais mais les espoirs sont déçus.

En 1688, les services fiscaux n’enregistrent que 50 mouvements de bâtiments, moins d’un par semaine. Les compagnies commerciales s’éteignent.

Les ports de lagune  Mèze et Marseillan dans l'histoire

Bien avant Sète, Marseillan et Mèze existaient déjà comme ports ouverts sur l’étang. Ces petites villes vivaient du lien entre terre et mer. Leurs terroirs viticoles avaient besoin d’exportation. La lagune de Thau offrait alors une voie de navigation naturelle vers Agde et la Méditerranée.

Ces petits ports vivent au rythme du commerce viticole mais peinent à financer leurs infrastructures. Marseillan lève une taxe sur les vins pendant dix ans au début du XVIIIe siècle pour éponger les dettes de construction. Mèze obtient l’autorisation royale en 1724 mais laisse traîner les démarches administratives. À Bouzigues, les tempêtes de 1766 ravagent les installations. Faute d’argent pour réparer, le village abandonne ses ambitions portuaires.

La création de Sète transforme profondément ces ports de lagune. Ils deviennent des ports secondaires, des avant-postes qui alimentent le grand port maritime. Les communautés doivent payer seules la réfection de leurs quais et le recreusement régulier de leurs bassins pour rester raccordées au réseau de navigation. Certaines n’en ont pas les moyens.

Malgré ces difficultés, ces ports gardent leur activité. Les vins partent toujours. La pêche se développe. Les maisons d’entrepôt se multiplient dans le tissu urbain. Le brûlage des eaux-de-vie s’installe près des ports. Ces petites villes portuaires conservent leur rôle d’interface entre un arrière-pays viticole et le port d’exportation de Sète.

La pêche D'une tradition ancestrale à un port leader

La pêche dans l’Archipel de Thau remonte à l’Antiquité. Les Romains pêchaient déjà dans la lagune et ramassaient les coquillages sur les bancs naturels. Au Moyen Âge, cette activité nourrit les populations riveraines. Mais c’est au XIXe siècle que la pêche se structure vraiment.

Dès 1850, des pêcheurs italiens s’installent à Sète. Ils viennent de Cetara dans la province de Salerne, de Gênes, de Naples. Ces populations apportent leurs techniques de pêche au thon, leurs filets, leurs méthodes. Les Sétois s’adaptent rapidement. En 1874, ils supplantent déjà les étrangers.
Les rapatriés d’Afrique du Nord transforment la pêche sétoise vers 1960. Ils introduisent le chalutage moderne. Les techniques évoluent rapidement. En 1967, la criée de Sète devient la première d’Europe à être informatisée. Une révolution qui optimise les ventes et valorise les produits.

Aujourd’hui, Sète reste le premier port de pêche de Méditerranée française. La criée vend environ 2 200 tonnes de poisson par an provenant d’une quinzaine de chalutiers et d’une cinquantaine de petits métiers. La flotte de 18 thoniers senneurs capture 50% du quota français de thon rouge au large de Malte et des Baléares. Les ventes aux enchères se déroulent tous les jours dans un amphithéâtre labellisé Architecture contemporaine remarquable, accessible aussi à distance via internet.

L'essor du commerce et des ferries

Le port de commerce connaît un développement remarquable au XXe siècle. Les trafics se diversifient : vin bien sûr, mais aussi soufre, bois, céréales, fer. Entre 1966 et 1978, d’importants travaux agrandissent le port sur la rive méditerranéenne. La ville se reconfigure profondément.

Les liaisons avec l’Afrique du Nord se multiplient. Le port de Sète devient la porte d’entrée vers le Maghreb. Les ferries relient Tanger, Nador, l’Algérie. Sète s’affirme comme le premier port français de passagers à destination du Maroc. Une position stratégique qui génère emplois et dynamisme économique.

En 2007, la Région Occitanie reprend la gestion du port. Un tournant décisif. Depuis 18 ans, plus de 600 millions d’euros ont été investis : 180 par la Région, 130 par le port, 290 par des opérateurs privés. Le trafic du port de commerce a doublé. Il génère 2 300 emplois directs aujourd’hui.

En 2019, le port bat son record avec 115 000 croisiéristes débarqués. Puis la pandémie rebat les cartes. Plutôt que de courir après les chiffres, le port choisit une voie plus élégante : la croisière raisonnée. Exit les mastodontes de 300 mètres, place aux navires à taille humaine de moins de 240 mètres. L’objectif passe à 70 000 passagers maximum. Les excursions se réinventent : canoë et paddle sur la lagune de Thau, paddle entre les parcs à huîtres, visites guidées pédestres. Une philosophie qui préfère la qualité à la quantité et protège le territoire qu’elle fait découvrir.

Transition écologique  Vers un port du futur

Depuis 2015, le port de Sète-Frontignan multiplie les initiatives environnementales. La stratégie Smart & Green Port fixe cinq axes d’action : caractériser et abaisser les émissions, améliorer la performance énergétique, réduire l’empreinte sur les ressources naturelles, favoriser les énergies alternatives, préserver la biodiversité.

Les résultats sont là. En 2018, le port reçoit le Trophée Port du Futur pour la Green Pilot, première pilotine électrique au monde développée avec la société MGH. En 2019, c’est la GreenHarbour Barge, barge énergie zéro émission multi-services. En 2020, le port obtient le prix de la Transition Énergétique Maritime décerné par l’Académie de Marine.

La flotte automobile a été entièrement remplacée par des véhicules électriques. Depuis plus de dix ans, le port applique une démarche zéro plastique. Les 2 000 plaisanciers reçoivent des kits antipollution à leur arrivée. Le CPIE du bassin de Thau les sensibilise aux écogestes. L’association Expédition 7ème continent, qui a choisi Sète comme port d’attache, mène des actions pédagogiques sur la pollution plastique.

Plus de 4 hectares de panneaux photovoltaïques ont été installés. Ils produisent 2,5 fois la consommation annuelle du port. L’électrification à quai permet aux ferries et cargos de couper leurs moteurs pendant l’escale. Inauguré en mai 2025, ce système supprime émissions, vibrations et nuisances sonores.

La drague Hydromer, baptisée en novembre 2025, incarne cette transition. Longue de 70 mètres, équipée d’une propulsion électrique, elle limite nuisances sonores et émissions. Fin septembre 2026, elle fonctionnera à l’hydrogène vert produit localement à Port-La Nouvelle. Une première mondiale qui réduira les émissions de 700 tonnes de CO₂ par an.

Les pêcheurs face aux défis du XXIe siècle

La pêche dans l’Archipel de Thau fait face à de nouveaux enjeux. Les ressources se raréfient pour certaines espèces. Environ 200 pêcheurs professionnels travaillent aujourd’hui sur la lagune, contre plus de 900 autrefois. L’anguille est menacée. La palourde européenne se fait rare alors qu’on la ramassait par dizaines de tonnes il y a quinze ans.

Des actions de reconstitution des stocks ont été lancées. Scientifiques et pêcheurs mènent des opérations de réensemencement. Le port accompagne aussi la modernisation de la flotte. Des catamarans de pêche nouvelle génération équipés de foils innovants et de coques construites par technique d’infusion deviennent plus respectueux de l’environnement.

La certification ISO 14001 obtenue en 2022 pour les trois activités portuaires (commerce, pêche, plaisance) témoigne de cet engagement. Le certificat Port Propre et Actif en Biodiversité du port de plaisance garantit la prise en compte de la biodiversité locale. Des études menées avec l’Agence de l’Eau et Seaboost ont caractérisé la biodiversité portuaire sur 20 kilomètres de quais.

Vos questions sur les ports de l'Archipel de Thau
  • Peut-on visiter le port de pêche de Sète ?

    Oui, lors des Journées du Patrimoine en septembre, le port propose des visites guidées gratuites. Vous découvrez la criée, les chalutiers et l’aire de carénage. En semaine, vous pouvez assister au retour des bateaux de pêche chaque après-midi depuis la promenade qui surplombe le port. Le spectacle du débarquement des prises vaut le détour.

  • Quels ferries partent de Sète ? 

    Le port de Sète est le premier port français de passagers vers le Maroc. Les ferries relient Tanger et Nador toute l’année. Des liaisons existent aussi vers l’Algérie. Les compagnies proposent des traversées pour véhicules et passagers. Depuis 2025, des traversées vers la Corse et les Baléares sont également proposées.

  • Le port de Sète est-il engagé dans la transition écologique ?

    Oui, fortement. Le port a reçu plusieurs trophées : Green Pilot (première pilotine électrique au monde 2018), prix de la Transition Énergétique Maritime 2020. Il dispose de 4 hectares de panneaux solaires, d’une flotte automobile 100% électrique, d’un système d’électrification à quai pour les ferries. La drague Hydromer fonctionnera à l’hydrogène vert fin 2026, une première mondiale.

  • Combien d'emplois génère le port de Sète ?

    Le port de Sète-Frontignan génère 2 300 emplois directs. Si on compte les emplois indirects liés aux activités portuaires (commerce, pêche, plaisance, ferries, services), ce chiffre est multiplié par deux ou trois. Le port reste un levier économique majeur pour tout l’Archipel de Thau.

  • Où découvrir l'histoire maritime de l'Archipel de Thau ? 

    Le musée de la Mer à Sète retrace l’histoire du port depuis le XVIIIe siècle avec la collection unique de maquettes de bateaux classée Monument Historique. Le musée de l’Étang de Thau à Bouzigues présente la pêche lagunaire et les techniques traditionnelles. L’Espace Georges Brassens évoque aussi l’identité maritime sétoise.

Sources

Port Sud de France, Ville de Sète, AIVP, OpenEdition Journals, Région Occitanie, Hérault Tribune, Thau Infos, février 2026